Hölderlin : LE RHIN

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LE RHIN

                                           à Isaac von Sinclair

 

Parmi le sombre lierre je m’assis, à la porte 
De la forêt, précisément, quand le midi doré, 
Visitant la source, descendait 
Les marches du massif alpin 
Qui, pour moi, le divinement bâti, 
La citadelle des Célestes se nomme 
Selon l’ancienne opinion, mais où 
En secret bien des choses encore décidément 
Atteignent les hommes ; de là 
Ai-je perçu sans m’en douter 
Un destin, car encore à peine 
M’était, dans l’ombre chaude 
Discutant avec elle-même de bien des choses, l’âme 
Cambrée vers l’Italie 
Et partie au loin sur les côtes de Morée.

Mais à présent, au-dedans du massif, 
Tout au fond sous les cimes argentées 
Et sous la joyeuse verdure, 
Où les forêts frissonnant vers lui, 
Et les têtes des rocs les unes au-dessus des autres 
Regardent en bas, à longueur de journée, là-bas 
Dans le plus froid abîme j’entendis 
Gémissant après la délivrance 
L’adolescent, on l’entendait, comment il rageait, 
Et accusait la Terre Mère, 
Et ce Tonnant qui l’engendra, 
Apitoyant les parents, cependant 
Les mortels fuyaient ce lieu, 
Car horrible était-elle, quand privé de lumière il 
Se roulait dans les entraves, 
La fureur du demi-dieu.

La voix était-ce du plus noble des fleuves, 
Du Rhin librement-né, 
Et autre chose espérait-il quand là-haut, des frères, 
Du Tessin et du Rhône, 
Il se sépara et voulut émigrer, et impatiente 
Vers l’Asie le pressait l’âme royale. 
Pourtant est insensé 
Le souhait face au destin. 
Mais les plus aveugles 
Sont les fils des dieux. Car il connaît, l’homme, 
Sa maison, et pour la bête il y eut où 
Pouvoir la bâtir, pourtant à ceux-là est 
Le manque, qu’ils ne sachent où aller, 
Mis en l’âme inexperte.

Une énigme est le surgissant pur. Même 
Au chant est à peine permis de le dévoiler. Car 
Tel que tu débutais vas-tu demeurer, 
Si fortement qu’agis la nécessité, 
Et la discipline, le plus en effet 
Influe la naissance, 
Et le rayon de lumière qui 
Rencontre le nouveau-né. 
Mais où en est-il un 
Pour demeurer libre 
Sa vie durant, et le souhait du cœur 
À combler seul, ainsi 
Des hauteurs propices, tel le Rhin, 
Et ainsi d’un giron sacré 
Heureusement né, tel celui-ci ?

C’est pourquoi est un cri de joie sa parole. 
Il n’aime pas, tel d’autres enfants, 
Pleurer dans ses langes ; 
Car, où les rives tout d’abord 
Au côté lui glissent, les sournoises, 
Et assoiffées l’enlacent, 
L’imprudent, pour l’attirer 
Et certes pour désirer le garder 
Sous leurs propres crocs, en riant 
Déchire-t-il les serpents et se précipite 
Avec la proie, et si en hâte 
Un plus grand ne l’apprivoise pas, 
Le laisse croître, tel l’éclair doit-il 
Fendre la terre, et telles qu’envoûtées s’enfuient 
Les forêts à sa suite et s’effondrent les montagnes.

Mais un dieu veut épargner aux fils 
La vie hâtive et sourit 
Quand, intempérants mais ralentis 
Par les Alpes sacrées, contre lui 
Dans les profondeurs, tel celui-là, s’irritent les fleuves. 
Alors en un tel fourneau 
Se forge aussi tout métal sans alliage, 
Et c’est beau, comment ensuite, 
Après qu’il a délaissé les montagnes, 
Cheminant calmement en pays allemand, il se 
Contente et calme la nostalgie 
Par de bonnes affaires, quand il bâtit le pays, 
Le Père, le Rhin, et nourrit de chers enfants 
Dans les cités qu’il a fondées.

Pourtant jamais, jamais ne l’oublie-t-il. 
Car doit plutôt s’effacer l’habitation, 
Et le statut, et devenir informe 
Le jour des hommes, plutôt que soit permis 
À un tel d’oublier l’origine 
Et la voix pure de la jeunesse. 
Qui fut-il, le premier 
À corrompre les liens de l’amour 
Et faire d’eux des cordages ? 
Alors leur propre droit 
Et bien sûr le feu céleste les ont 
Moqués les obstinés, dès l’abord 
Méprisant les voies mortelles ont-ils 
Choisi la témérité 
Et aspiré à devenir semblables aux dieux.

Mais ils en ont, de leur propre 
Immortalité, bien assez les dieux, et exigent-ils, 
Les célestes, une seule chose, 
Ce que sont les héros et les hommes 
Et les mortels à l’ordinaire. Car, en effet 
Les bienheureux ne ressentant rien par eux-mêmes, 
Il faut bien, si dire une telle chose 
Est permis, qu’au nom des dieux 
Compatissant ressente un autre, 
Ils ont besoin de lui ; toutefois leur justice 
Est que sa propre maison 
Il la renverse, et que les plus chers 
Il les invective comme ennemis, et que père et enfants 
S’ensevelissent sous les décombres, 
Si quelqu’un, comme eux, veut être et ne pas 
Tolérer la dissemblance, l’exalté.

C’est pourquoi lui est un bien, à celui qui trouva 
Un destin bien départi, 
Où là encore, des migrations 
Et, suave, des souffrances, le souvenir 
Retentit au sûr rivage, 
Qu’ici et là-bas il veuille bien 
Voir jusqu’aux frontières, 
Celles qu’à la naissance un dieu 
Lui a tracées pour le séjour. 
Alors se repose-t-il, heureusement modeste, 
Car tout ce qu’il voulait, 
Le céleste, de lui-même l’embrasse 
Indompté, souriant 
À présent, quand il se repose, à cet audacieux.

Les demi-dieux je pense à présent 
Et je dois connaître les bien-aimés, 
Souvent en effet leur vie ainsi 
Me remue l’ardente poitrine. 
À qui pourtant, comme, Rousseau, à toi, 
Invincible était l’âme, 
La fort-persévérante, 
Et le sens assuré 
Et le suave don d’écouter, 
De dire ainsi, que par plénitude sacrée 
Tel le dieu du vin, follement divine 
Et sans statut, elle, la langue des plus purs, il la rende 
Intelligible aux bons, mais avec raison 
Frappe d’aveuglement les irrespectueux, 
Les serviles profanateurs, comment nommerai-je cet étranger?

Les fils de la Terre sont, tels la Mère, 
Aimant toutes choses, ainsi reçoivent-ils aussi 
Sans effort, les heureux, toutes choses. 
C’est pourquoi ça surprend aussi 
Et terrifie l’homme mortel, 
Quand au ciel, celui 
Qu’avec des bras aimants 
Il s’est amassé sur les épaules, 
Et au poids de la joie, il pense ; 
Alors lui paraît souvent le meilleur, 
Presque tout à fait oublié là, 
Où le rayon ne brûle pas, 
D’être dans l’ombre de la forêt 
Près du lac de Bienne, dans la fraîche verdure, 
Et insouciant pauvre en chansons, 
Pareil au débutant, d’apprendre auprès des rossignols.

Et c’est magnifique, sortant du sommeil sacré, alors 
De se redresser et, sortant de la fraîcheur de la forêt 
En s’éveillant, maintenant au soir 
D’aller à la rencontre de la lumière plus douce, 
Quand, lui qui bâtit les montagnes 
Et traça la voie aux fleuves, 
Après que souriant aussi 
À la vie affairée des hommes, 
L’essoufflée, telle une voile 
Avec ses brises il l’a dirigée, 
Lui aussi se repose, et vers l’écolière à présent, 
Le formateur, trouvant plus de bien 
Que de mal, 
Vers la terre d’aujourd’hui le jour s’incline. —

Alors fêtent-ils les noces, hommes et dieux, 
Ils fêtent, tous les vivants, 
Et en équilibre 
Est un moment le destin. 
Et les fugitifs cherchent le refuge, 
Et doux sommeil les braves, 
Mais les amants 
Sont ce qu’ils furent, ils sont 
À la maison, où la fleur se réjouit 
D’un inoffensif brasier, et les sombres arbres 
L’esprit les entoure d’un murmure, mais les irréductibles 
Sont tout changés, et se hâtent 
Plutôt de se tendre la main, 
Avant que l’amicale lumière 
Ne tombe et que la nuit vienne.

Cependant pour les uns se hâte 
Cela, vite passé, d’autres 
Le gardent plus longtemps. 
Les dieux éternels sont 
Pleins de vie tout le temps ; mais jusque dans la mort 
Un homme peut aussi 
En mémoire garder cependant le meilleur, 
Et alors connaît-il le plus haut. 
Chacun n’a que sa mesure. 
Car lourd à porter est 
Le malheur, mais plus lourd le bonheur. 
Mais un sage fut capable, 
De midi jusqu’au milieu de la nuit, 
Et jusqu’à ce que le matin resplendît, 
Au banquet de demeurer lucide.

Pour toi peut-il, sur la voie brûlante sous les pins ou 
Dans l’obscurité de la forêt de chênes revêtu 
D’acier, mon Sinclair ! apparaître, Dieu, ou 
Dans les nuées, tu le connais, là tu connaissais, juvénile, 
La force du bien, et jamais ne t’est 
Dérobé le sourire du souverain, 
De jour quand 
Fébrile et enchaîné 
Paraît le vivant, ou bien aussi 
De nuit quand il est tout emmêlé 
Sans ordre et que revient 
L’immémoriale confusion. 
  
  
  

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passage :

 

DER RHEIN 
                                        LE RHIN 
                                An Isaak von Sinclair /  à Isaac von Sinclair

Im dunkeln Efeu saß ich, an der Pforte                  (1) 
    Parmi le sombre lierre je m’assis, à la porte 
Des Waldes, eben, da der goldene Mittag, 
    De la forêt, précisément, quand le midi doré, 
Den Quell besuchend, herunterkam 
    Visitant la source, descendait 
Von Treppen des Alpengebirgs, 
    Les marches du massif alpin 
Das mir die göttlichgebaute, 
    Qui, pour moi, le divinement bâti, 
Die Burg der Himmlischen heißt 
    La citadelle des Célestes se nomme 
Nach alter Meinung, wo aber 
    Selon l’ancienne opinion, mais où 
Geheim noch manches entschieden 
    En secret bien des choses encore décidément 
Zu Menschen gelanget ; von da 
    Atteignent les hommes ; de là 
Vernahm ich ohne Vermuten 
    Ai-je perçu sans m’en douter 
Ein Schicksal, denn noch kaum 
    Un destin, car encore à peine 
War mir im warmen Schatten 
    M’était, dans l’ombre chaude 
Sich manches beredend, die Seele 
    Discutant avec elle-même de bien des choses, l’âme 
Italia zu geschweift 
    Cambrée vers l’Italie 
Und fernhin an die Küsten Moreas. 
    Et partie au loin sur les côtes de Morée.

Jetzt aber, drin im Gebirg,                                           (2) 
    Mais à présent, au-dedans du massif, 
Tief unter den silbernen Gipfeln 
    Tout au fond sous les cimes argentées 
Und unter fröhlichem Grün, 
    Et sous la joyeuse verdure, 
Wo die Wälder schauernd zu ihm, 
    Où les forêts frissonnant vers lui, 
Und der Felsen Häupter übereinander 
    Et les têtes des rocs les unes au-dessus des autres 
Hinabschaun, taglang, dort 
    Regardent en bas, à longueur de journée, là-bas 
Im kältesten Abgrund hört 
    Dans le plus froid abîme j’entendis 
Ich um Erlösung jammern 
    Gémissant après la délivrance 
Den Jüngling, es hörten ihn, wie er tobt', 
    L’adolescent, on l’entendait, comment il rageait, 
Und die Mutter Erd anklagt', 
    Et accusait la Terre Mère, 
Und der Donnerer, der ihn gezeuget, 
    Et ce Tonnant qui l’engendra, 
Erbarmend die Eltern, doch 
    Apitoyant les parents, cependant 
Die Sterblichen flohn von dem Ort, 
    Les mortels fuyaient ce lieu, 
Denn furchtbar war, da lichtlos er 
    Car horrible était-elle, quand privé de lumière il 
In den Fesseln sich wälzte, 
    Se roulait dans les entraves, 
Das Rasen des Halbgotts. 
    La fureur du demi-dieu.

Die Stimme wars des edelsten der Ströme,                       (3) 
    La voix était-ce du plus noble des fleuves, 
Des freigeborenen Rheins, 
    Du Rhin librement-né, 
Und anderes hoffte der, als droben von den Brüdern, 
    Et autre chose espérait-il quand là-haut, des frères, 
Dem Tessin und dem Rhodanus, 
    Du Tessin et du Rhône, 
Er schied und wandern wollt, und ungeduldig ihn 
    Il se sépara et voulut émigrer, et impatiente 
Nach Asia trieb die königliche Seele. 
    Vers l’Asie le pressait l’âme royale. 
Doch unverständig ist 
    Pourtant est insensé 
Das Wünschen vor dem Schicksal. 
    Le souhait face au destin. 
Die Blindesten aber 
    Mais les plus aveugles 
Sind Göttersöhne. Denn es kennet der Mensch 
    Sont les fils des dieux. Car il connaît, l’homme, 
Sein Haus und dem Tier ward, wo 
    Sa maison, et pour la bête il y eut où 
Es bauen solle, doch jenen ist 
    Pouvoir la bâtir, pourtant à ceux-là est 
Der Fehl, daß sie nicht wissen wohin 
    Le manque, qu’ils ne sachent où aller, 
In die unerfahrne Seele gegeben. 
    Mis en l’âme inexperte.

Ein Rätsel ist Reinentsprungenes. Auch                   (4) 
    Une énigme est le surgissant pur. Même 
Der Gesang kaum darf es enthüllen. Denn 
    Au chant est à peine permis de le dévoiler. Car 
Wie du anfingst, wirst du bleiben, 
    Tel que tu débutais vas-tu demeurer, 
So viel auch wirket die Not, 
    Si fortement qu’agisse la nécessité, 
Und die Zucht, das meiste nämlich 
    Et la discipline, le plus en effet 
Vermag die Geburt, 
    Influe la naissance, 
Und der Lichtstrahl, der 
    Et le rayon de lumière qui 
Dem Neugebornen begegnet. 
    Rencontre le nouveau-né. 
Wo aber ist einer, 
    Mais où en est-il un 
Um frei zu bleiben 
    Pour demeurer libre 
Sein Leben lang, und des Herzens Wunsch 
    Sa vie durant, et le souhait du cœur 
Allein zu erfüllen, so 
    À combler seul, ainsi 
Aus günstigen Höhn, wie der Rhein, 
    Des hauteurs propices, tel le Rhin, 
Und so aus heiligem Schoße 
    Et ainsi d’un giron sacré 
Glücklich geboren, wie jener ? 
    Heureusement né, tel celui-ci ?

Drum ist ein Jauchzen sein Wort.                           (5) 
    C’est pourquoi est un cri de joie sa parole. 
Nicht liebt er, wie andere Kinder, 
    Il n’aime pas, tel d’autres enfants, 
In Wickelbanden zu weinen ; 
    Pleurer dans ses langes ; 
Denn wo die Ufer zuerst 
    Car, où les rives tout d’abord 
An die Seit ihm schleichen, die krummen, 
    Au côté lui glissent, les sournoises, 
Und durstig umwindend ihn, 
    Et assoiffées l’enlacent, 
Den Unbedachten, zu ziehn 
    L’imprudent, pour l’attirer 
Und wohl zu behüten begehren 
    Et certes pour désirer le garder 
Im eigenen Zahne, lachend 
    Sous leurs propres crocs, en riant 
Zerreißt er die Schlangen und stürzt 
    Déchire-t-il les serpents et se précipite 
Mit der Beut und wenn in der Eil 
    Avec la proie, et si en hâte 
Ein Größerer ihn nicht zähmt, 
    Un plus grand ne l’apprivoise pas, 
Ihn wachsen läßt, wie der Blitz, muß er 
    Le laisse croître, tel l’éclair doit-il 
Die Erde spalten, und wie Bezauberte fliehn 
    Fendre la terre, et telles qu’envoûtées s’enfuient 
Die Wälder ihm nach und zusammensinkend die Berge. 
    Les forêts à sa suite et s’effondrent les montagnes.

Ein Gott will aber sparen den Söhnen                           (6) 
    Mais un dieu veut épargner aux fils 
Das eilende Leben und lächelt, 
    La vie hâtive, et sourit 
Wenn unenthaltsam, aber gehemmt 
    Quand, intempérants mais ralentis 
Von heiligen Alpen, ihm 
    Par les Alpes sacrées, contre lui 
In der Tiefe, wie jener, zürnen die Ströme. 
    Dans les profondeurs, tel celui-là, s’irritent les fleuves. 
In solcher Esse wird dann 
    Alors en un tel fourneau 
Auch alles Lautre geschmiedet, 
    Se forge aussi tout métal sans alliage, 
Und schön ists, wie er drauf, 
    Et c’est beau, comment ensuite, 
Nachdem er die Berge verlassen, 
    Après qu’il a délaissé les montagnes, 
Stillwandelnd sich im deutschen Lande 
    Cheminant calmement en pays allemand, il se 
Begnüget und das Sehnen stillt 
    Contente et calme la nostalgie 
Im guten Geschäfte, wenn er das Land baut, 
    Par de bonnes affaires, quand il bâtit le pays, 
Der Vater Rhein, und liebe Kinder nährt 
    Le Père, le Rhin, et nourrit de chers enfants 
In Städten, die er gegründet. 
    Dans les cités qu’il a fondées.

Doch nimmer, nimmer vergißt ers.                       (7) 
    Pourtant jamais, jamais ne l’oublie-t-il. 
Denn eher muß die Wohnung vergehn, 
    Car doit plutôt s’effacer l’habitation, 
Und die Satzung und zum Unbild werden 
    Et le statut, et devenir informe 
Der Tag der Menschen, ehe vergessen 
    Le jour des hommes, plutôt que soit permis 
Ein solcher dürfte den Ursprung 
    À un tel d’oublier l’origine 
Und die reine Stimme der Jugend. 
    Et la voix pure de la jeunesse. 
Wer was es, der zuerst 
    Qui fut-il, le premier 
Die Liebesbande verderbt 
    À corrompre les liens de l’amour 
Und Stricke von ihnen gemacht hat ? 
    Et faire d’eux des cordages ? 
Dann haben des eigenen Rechts 
    Alors leur propre droit 
Und gewiß des himmlischen Feuers 
    Et bien sûr le feu céleste les ont 
Gespottet die Trotzigen, dann erst 
    Moqués les obstinés, dès l’abord 
Die sterblichen Pfade verachtend 
    Méprisant les voies mortelles ont-ils 
Verwegnes erwählt 
    Choisi la témérité 
Und den Göttern gleich zu werden getrachtet. 
    Et aspiré à devenir semblables aux dieux.

Es haben aber an eigner                                                (8) 
    Mais ils ont, de leur propre 
Unsterblichkeit die Götter genug, und bedürfen 
    Immortalité, bien assez les dieux, et exigent-ils, 
Die Himmlischen eines Dings, 
    Les célestes, une seule chose, 
So sinds Heroen und Menschen 
    Ce que sont les héros et les hommes 
Und Sterbliche sonst. Denn weil 
    Et les mortels à l’ordinaire. Car, en effet 
Die Seligsten nichts fühlen von selbst, 
    Les bienheureux ne ressentant rien par eux-mêmes, 
Muß wohl, wenn solches zu sagen 
    Il faut bien, si dire une telle chose 
Erlaubt ist, in der Götter Namen 
    Est permis, qu’au nom des dieux 
Teilnehmend fühlen ein Andrer, 
    Compatissant ressente un autre, 
Den brauchen sie ; jedoch ihr Gericht 
    Ils ont besoin de lui ; toutefois leur justice 
Ist, daß sein eigenes Haus 
    Est que sa propre maison 
Zerbreche der und das Liebste 
    Il la renverse, et que les plus chers 
Wie den Feind schelt und sich Vater und Kind 
    Il les invective comme ennemis, et que père et enfants 
Begrabe unter den Trümmern, 
    S’ensevelissent sous les décombres, 
Wenn einer, wie sie, sein will und nicht 
    Si quelqu’un, comme eux, veut être et ne pas 
Ungleiches dulden, der Schwärmer. 
    Tolérer la dissemblance, l’exalté.

Drum wohl ihm, welcher fand                                   (9) 
    C’est pourquoi lui est un bien, à celui qui trouva 
Ein wohlbeschiedenes Schicksal, 
    Un destin bien départi, 
Wo noch der Wanderungen 
    Où là encore, des migrations 
Und süß der Leiden Erinnerung 
    Et, suave, des souffrances, le souvenir 
Aufrauscht am sichern Gestade, 
    Retentit au sûr rivage, 
Daß da und dorthin gern 
    Qu’ici et là-bas il veuille bien 
Er sehn mag bis an die Grenzen, 
    Voir jusqu’aux frontières, 
Die bei der Geburt ihm Gott 
    Celles qu’à la naissance un dieu 
Zum Aufenthalte gezeichnet. 
    Lui a tracées pour le séjour. 
Dann ruht er, seligbescheiden, 
    Alors se repose-t-il, heureusement modeste, 
Denn alles, was er gewollt, 
    Car tout ce qu’il voulait, 
Das Himmlische, von selber umfängt 
    Le céleste, de lui-même l’embrasse 
Es unbezwungen, lächlend 
    Indompté, souriant 
Jetzt, da er ruhet, den Kühnen. 
    À présent, quand il se repose, à cet audacieux.

Halbgötter denk ich jetzt                                         (10) 
    Les demi-dieux je pense à présent 
Und kennen muß ich die Teuern, 
    Et je dois connaître les bien-aimés, 
Weil oft ihr Leben so 
    Souvent en effet leur vie ainsi 
Die sehnende Brust mir beweget. 
    Me remue l’ardente poitrine. 
Wem aber, wie, Rousseau, dir, 
    À qui pourtant, comme, Rousseau, à toi, 
Unüberwindlich die Seele, 
    Invincible était l’âme, 
Die starkausdauernde, ward, 
    La fort-persévérante, 
Und sicherer Sinn 
    Et le sens assuré 
Und süße Gabe zu hören, 
    Et le suave don d’écouter, 
Zu reden so, daß er aus heiliger Fülle 
    De dire ainsi, que par plénitude sacrée 
Wie der Weingott, törig göttlich 
    Tel le dieu du vin, follement divine 
Und gesetzlos sie, die Sprache der Reinesten, gibt 
    Et sans statut, elle, la langue des plus purs, il la rende 
Verständlich den Guten, aber mit Recht 
    Intelligible aux bons, mais avec raison 
Die Achtungslosen mit Blindheit schlägt, 
    Frappe d’aveuglement les irrespectueux, 
Die entweihenden Knechte, wie nenn ich den Fremden ? 
    Les serviles profanateurs, comment nommerai-je cet étranger ?

Die Söhne der Erde sind, wie die Mutter,                    (11) 
    Les fils de la Terre sont, tels la Mère, 
Alliebend, so empfangen sie auch 
    Aimant toutes choses, ainsi reçoivent-ils aussi 
Mühlos, die Glücklichen, Alles. 
    Sans effort, les heureux, toutes choses. 
Drum überraschet es auch 
    C’est pourquoi ça surprend aussi 
Und schröckt den sterblichen Mann, 
    Et terrifie l’homme mortel, 
Wenn er den Himmel, den 
    Quand au ciel, celui 
Er mit den liebenden Armen 
    Qu’avec des bras aimants 
Sich auf die Schultern gehäuft, 
    Il s’est amassé sur les épaules, 
Und die Last der Freude bedenket ; 
    Et au poids de la joie, il pense ; 
Dann scheint ihm oft das Beste, 
    Alors lui paraît souvent le meilleur, 
Fast ganz vergessen da, 
    Presque tout à fait oublié là, 
Wo der Strahl nicht brennt, 
    Où le rayon ne brûle pas, 
Im Schatten des Walds 
    D’être dans l’ombre de la forêt 
Am Bielersee in frischer Grüne zu sein, 
    Près du lac de Bienne, dans la fraîche verdure, 
Und sorglosarm an Tönen, 
    Et insouciant pauvre en chansons, 
Anfängern gleich, bei Nachtigallen zu lernen. 
    Pareil au débutant, d’apprendre auprès des rossignols.

Und herrlich ist, aus heiligem Schlafe dann                      (12) 
    Et c’est magnifique, sortant du sommeil sacré, alors 
Erstehen und, aus Waldes Kühle 
    De se redresser et, sortant de la fraîcheur de la forêt 
Erwachend, abends nun 
    En s’éveillant, maintenant au soir 
Dem milderen Licht entgegenzugehn, 
    D’aller à la rencontre de la lumière plus douce, 
Wenn, der die Berge gebaut 
    Quand, lui qui bâtit les montagnes 
Und den Pfad der Ströme gezeichnet, 
    Et traça la voie aux fleuves, 
Nachdem er lächend auch 
    Après que souriant aussi 
Der Menschen geschäftiges Leben, 
    À la vie affairée des hommes, 
Das othemarme, wie Segel 
    L’essoufflée, telle une voile 
Mit seinen Lüften gelenkt hat, 
    Avec ses brises il l’a dirigée, 
Auch ruht und zu der Schülerin jetzt, 
    Lui aussi se repose, et vers l’écolière à présent, 
Der Bildner, Gutes mehr 
    Le formateur, trouvant plus de bien 
Denn Böses findend, 
    Que de mal, 
Zur heutigen Erde der Tag sich neiget. — 
    Vers la terre d’aujourd’hui le jour s’incline. —

Dann feiern das Brautfest Menschen und Götter,               (13) 
    Alors fêtent-ils les noces, hommes et dieux, 
Es feiern die Lebenden all, 
    Ils fêtent, tous les vivants, 
Und ausgeglichen 
    Et en équilibre 
Ist eine Weile das Schicksal. 
    Est un moment le destin. 
Und die Flüchtlinge suchen die Herberg, 
    Et les fugitifs cherchent le refuge, 
Und süßen Schlummer die Tapfern, 
    Et doux sommeil les braves, 
Die Liebenden aber 
    Mais les amants 
Sind, was sie waren, sie sind 
    Sont ce qu’ils furent, ils sont 
Zu Hause, wo die Blume sich freuet 
    À la maison, où la fleur se réjouit 
Unschädlicher Glut und die finsteren Bäume 
    D’un inoffensif brasier et les sombres arbres, 
Der Geist umsäuselt, aber die Unversöhnten 
    L’esprit les entoure d’un murmure, mais les irréductibles 
Sind umgewandelt und eilen 
    Sont tout changés et se hâtent 
Die Hände sich ehe zu reichen, 
    Plutôt de se tendre la main, 
Bevor das freundliche Licht 
    Avant que l’amicale lumière 
Hinuntergeht und die Nacht kommt. 
    Ne tombe et que la nuit vienne.

Doch einigen eilt                                                      (14) 
    Cependant pour les uns se hâte 
Dies schnell vorüber, andere 
    Cela, vite passé, d’autres 
Behalten es länger. 
    Le gardent plus longtemps. 
Die ewigen Götter sind 
    Les dieux éternels sont 
Voll Lebens allzeit ; bis in den Tod 
   Pleins de vie tout le temps ; mais jusque dans la mort 
Kann aber ein Mensch auch 
    Un homme peut aussi 
Im Gedächtnis doch das Beste behalten, 
    En mémoire garder cependant le meilleur, 
Und dann erlebt er das Höchste. 
    Et alors connaît-il le plus haut. 
Nur hat ein jeder sein Maß. 
    Chacun n’a que sa mesure. 
Denn schwer ist zu tragen 
    Car lourd à porter est 
Das Unglück, aber schwerer das Glück. 
    Le malheur, mais plus lourd le bonheur. 
Ein Weiser aber vermocht es 
    Mais un sage fut capable, 
Vom Mittag bis in die Mitternacht, 
    De midi jusqu’au milieu de la nuit, 
Und bis der Morgen erglänzte, 
    Et jusqu’à ce que le matin resplendît, 
Beim Gastmahl helle zu bleiben. 
    Au banquet de demeurer lucide.

Dir mag auf heißem Pfade unter Tannen oder                   (15) 
    Pour toi peut-il, sur la voie brûlante sous les pins ou 
Im Dunkel des Eichwalds gehüllt 
    Dans l’obscurité de la forêt de chênes revêtu 
In Stahl, mein Sinclair ! Gott erscheinen oder 
    D’acier, mon Sinclair ! apparaître, Dieu, ou 
In Wolken, du kennst ihn, da du kennest, jugendlich, 
    Dans les nuées, tu le connais, là tu connaissais, juvénile, 
Des Guten Kraft, und nimmer ist dir 
    La force du bien, et jamais ne t’est 
Verborgen das Lächeln des Herrschers 
    Dérobé le sourire du souverain, 
Bei Tage, wenn 
    De jour quand 
Es fieberhaft und angekettet das 
    Fébrile et enchaîné 
Lebendige scheinet oder auch 
    Paraît le vivant, ou bien aussi 
Bei Nacht, wenn alles gemischt 
    De nuit quand il est tout emmêlé 
Ist ordnungslos und wiederkehrt 
    Sans ordre et que revient 
Uralte Verwirrung. 
    L’immémoriale confusion. 

(traduction proposée par Patrick Guillot)

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