Hölderlin : PATMOS

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PATMOS

                              au landgrave de Hombourg 
 

Est proche 
Et rude à saisir le dieu. 
Mais où est le péril, croît 
Le salutaire aussi. 
Dans les ténèbres habitent 
Les aigles et sans crainte vont 
Les fils des Alpes franchissant l’abîme 
Par des passerelles légèrement bâties. 
C’est pourquoi, comme sont amoncelées à l’entour 
Les cimes du temps, et que les bien-aimés 
Habitent proches, s’exténuant sur 
Les monts les plus séparés, 
Donne ainsi l’eau innocente, 
Ô donne-nous les ailes du sens le plus fidèle 
Pour traverser et pour revenir.

Ainsi parlais-je, comme m’enleva 
Plus rapide que je le présumais, 
Et loin, là où jamais je 
Ne songeais venir, un Génie, 
Hors de ma propre maison. On voyait poindre 
Entre chien et loup, comme je passais, 
La forêt ombragée 
Et les ruisseaux nostalgiques 
De chez nous ; jamais n’avais-je connu ce pays ; 
Bientôt cependant, en une fraîche splendeur, 
Mystérieuse 
En une buée d’or, fleurit 
Rapidement épanouie, 
Avec la course du soleil, 
Avec mille sommets embaumant,

Pour moi l’Asie, et ébloui cherchais- 
Je quelque chose que je connaissais, car inhabituelles 
M’étaient ces larges avenues où descendant 
Du Tmolos roule 
Le Pactole paré d’ors, 
Et le Taurus se dresse, et le Messogis, 
Et, rempli de fleurs des jardins, 
Un calme feu, mais dans la lumière 
Fleurit bien haut la neige argentée, 
Et témoin de la vie immortelle 
Aux parois inaccessibles 
Immémorial pousse le lierre, et sont supportées 
Par de vivantes colonnes, cèdres et lauriers, 
Les majestueux, 
Les palais divinement bâtis.

Mais bruissent autour des portes de l’Asie 
S’étirant ça et là 
Dans la plaine marine incertaine 
Bien assez de routes sans ombre, 
Cependant il connaît les Îles, le marin. 
Et comme j’entendis 
Que l’une des proches 
Était Patmos, 
Me prit le très fort désir 
D’y aborder et d’y 
Approcher la grotte obscure. 
Car ce n’est pas, telle que Chypre 
La riche en sources, ou 
L’une des autres, 
Avec magnificence que réside Patmos,

Mais hospitalière 
Dans une plus pauvre maison 
Est-elle néanmoins, 
Et quand d’un naufrage ou pleurant 
Après le pays ou 
L’ami défunt 
L’approche quelque 
Étranger, l’écoute-t-elle volontiers, et ses enfants, 
Les voix du brûlant bocage, 
Et, où le sable dévale et se fissure 
La surface du rocher, les sons, 
Elle les écoute et affectueusement résonne 
En écho des pleurs de l’homme. Ainsi prit-elle soin 
Jadis du bien-aimé de Dieu, 
Du Voyant qui dans une heureuse adolescence était

Parti avec 
Le Fils du Très-Haut, inséparable, car 
Il aimait, le porteur d’orages, la candeur 
De l’adolescent et il voyait, l’homme attentif, 
Le visage de Dieu exactement, 
Comme, au mystère de la vigne, ils 
S’asseyaient ensemble, à l’heure de la Cène, 
Et dans la grande âme, pressentant paisiblement, la mort 
Qu’annonça le Seigneur, et le suprême amour, car jamais assez 
N’eut-il, pour dire quelque chose de la bonté, 
De mots, à ce moment-là, et pour divertir, comme 
Il la voyait, la colère du monde. 
Car tout est bon. Puis il mourut. Beaucoup serait 
À dire là-dessus. Et ils le virent, les amis, regarder en vainqueur, 
Ce plus joyeux, une dernière fois encore,

Cependant s’affligeaient-ils, comme maintenant 
Était venu le soir, étonnés, 
Car une grande décision avaient-ils dans l’âme, 
Ces hommes, mais ils aimaient sous le soleil 
La vie, et ne voulaient pas délaisser 
La face du Seigneur 
Et leur pays. Était enfoncé, 
Tel le feu dans le fer, cela, et allait 
À leur côté l’ombre de l’aimé. 
C’est pourquoi leur fut envoyé 
L’esprit, et certes trembla 
La maison et l’orage de Dieu roulait 
Au loin tonnant au-dessus 
Des têtes pressentantes, comme, gravement pensifs, 
Étaient réunis les héros de la mort,

À l’instant, comme il les quittait 
Encore une fois leur apparut-il. 
Car à l’instant s’éteignit le jour du soleil, 
Le royal, et se brisa 
Le rayonnant-tout-droit, 
Le sceptre, souffrant divinement, de lui-même, 
Car cela doit revenir 
En un meilleur temps. Cela n’eût pas été bien 
Maintenu, plus tard, et eût été brusquement rompue, infidèle, 
L’œuvre des hommes, et ce fut une joie 
Dès lors, 
D’habiter dans une nuit plus aimante, et de garder 
Dans les yeux candides, fixement, 
Des abîmes de sagesse. Et verdoient 
Au fond des montagnes aussi de vivantes images,

Cependant est redoutable comment ça et là 
Sans cesse il disperse au loin le vivant, Dieu. 
Car déjà la face 
Des plus chers amis est à délaisser 
Et bien loin par-delà les monts faut-il aller 
Seul, où doublement 
Reconnu, unanime 
Était l’esprit céleste ; et ce n’était pas prédit, mais 
Ça empoigne les cheveux, présent, 
Quand vers eux soudain 
Se hâtant au loin regarde en arrière 
Le dieu, et prêtant serment, 
Afin qu’il retienne, comme à des cordes dorées 
Entravé désormais, 
Le mal en le nommant, ils se tendirent les mains —

Mais quand meurt ensuite 
Celui à qui le plus souvent 
La beauté s’attachait, qu’en cette forme 
Était une merveille, et les célestes la montraient 
Du doigt, et quand, une énigme éternelle l’un pour l’autre, 
Ils ne peuvent se saisir 
L’un l’autre, ceux qui vivaient ensemble 
Dans la mémoire, et ce n’est pas que le sable ou 
Les saules qui étaient emportés au loin et les temples 
Empoignés, quand la gloire 
Du demi-dieu et des siens 
Se dissipe et que sa face elle-même, 
Le Très-Haut la détourne 
En outre, qu’il n’est plus nulle part un 
Immortel à voir au ciel ou 
Sur la terre verdoyante, — qu’est-ce ?

C’est le lancer du semeur, quand il saisit 
Avec la pelle le froment, 
Et le jette vers la clarté, le balançant par-dessus l’aire. 
Lui tombe la balle aux pieds, mais 
À la fin vient le grain, 
Et ce n’est pas un mal, si quelques uns 
Vont s’égarer et que de la parole 
Expire le son vivant, 
Car l’œuvre divine ressemble aussi à la nôtre, 
Le Très-Haut ne veut pas tout à la fois. 
En vérité le fer, le produit la mine, 
Et la résine incandescente, l’Etna, 
Ainsi aurais-je la richesse, 
Une image à imager, et de même 
À contempler, tel qu’il fut, le Christ,

Mais si quelqu’un s’éperonnant lui-même, 
Et parlant tristement, en chemin, comme j’étais sans défense, 
M’assaillait, que j’en fusse surpris, et de ce dieu 
L’image, que pût l’imiter un valet — 
En colère manifestement vis-je une fois 
Les seigneurs du ciel, non que je dus être quelque chose, mais 
Pour apprendre. Bienveillants sont-ils, mais le plus haïssable leur est, 
Aussi longtemps qu’ils règnent, le faux, et elle ne vaut 
Alors, l’humanité entre les humains, plus rien. 
Car eux ne gouvernent pas, mais gouverne 
Le destin immortel et se transforme leur œuvre 
D’elle-même, et va-t-elle en hâte vers sa fin. 
Quand en effet plus haut ira la céleste 
Marche triomphale, sera nommé, à l’égal du soleil, 
Par les forts, l’exultant Fils du Très-Haut,

Un signe de ralliement, et ici est la baguette 
Du chant, qui pointe en bas, 
Car rien n’est commun. Les morts sont éveillés 
Par elle, ceux qui ne sont pas encore captifs 
De la matière brute. Mais attendent 
Bien des yeux timides 
Pour contempler la lumière. Ils ne veulent pas 
Fleurir sous un rayon acéré, 
Quoique cette bride d’or maintienne leur courage. 
Mais quand, ainsi 
Que de sourcils froncés, 
Du monde oublié 
La force calmement lumineuse descend d’un écrit sacré, peuvent-ils, 
Se réjouissant de la grâce, 
S’exercer à ce calme regard.

Et quand les Célestes à présent, 
Comme je crois, m’aiment ainsi, 
Combien plus encore Toi, 
Car je sais une chose, 
Qu’en effet la volonté 
Du Père éternel prévaut 
Pour Toi. Calme est son signe 
Dans le ciel tonnant. Et quelqu’un se dresse là-dessous 
Sa vie durant. Car vit encore le Christ. 
Mais ils sont, les héros, ses fils, 
Tous venus, et les écrits sacrés, 
De lui, et l’éclair, l’élucident 
Les actes de la terre jusqu’à présent, 
Une course irrésistible. Mais il est là. Car ses œuvres 
Lui sont toutes conscientes depuis toujours.

Depuis longtemps, trop longtemps déjà est 
La gloire des Célestes invisible. 
Car ils doivent presque nous guider 
Les doigts, et honteusement 
Nous ravit le cœur une violence. 
Car le sacrifice est voulu par chacun des Célestes, 
Mais quand l’un commence d’être négligé, 
Cela n’apporte jamais rien de bon. 
Nous avons vénéré la Terre Mère, 
Et nous avons plus récemment vénéré la lumière du soleil, 
Ignorant, mais le Père aime, 
Lui qui partout gouverne, 
Le plus souvent, que soignée devienne 
La lettre immuable, et l’existant bien 
Interprété. À cela se plie le chant allemand. 
  

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passage :

 

 

PATMOS

                                Dem Landgrafen von Hombourg 
                                   au landgrave de Hombourg 
Nah ist                                                                                          (1) 
    Est proche 
Und schwer zu fassen der Gott. 
    Et rude à saisir le dieu. 
Wo aber Gefahr ist, wächst 
    Mais où est le péril, croît 
Das Rettende auch. 
    Le salutaire aussi. 
Im Finstern wohnen 
    Dans les ténèbres habitent 
Die Adler und furchtlos gehn 
    Les aigles et sans crainte vont 
Die Söhne der Alpen über den Abgrund weg 
    Les fils des Alpes franchissant l’abîme 
Auf leichtgebauten Brücken. 
    Par des passerelles légèrement bâties. 
Drum, da gehäuft sind rings 
    C’est pourquoi, comme sont amoncelées à l’entour 
Die Gipfel der Zeit, und die Liebsten 
    Les cimes du temps, et que les bien-aimés 
Nah wohnen, ermattend auf 
    Habitent proches, s’exténuant sur 
Getrenntesten Bergen, 
    Les monts les plus séparés, 
So gib unschuldig Wasser, 
    Donne ainsi l’eau innocente, 
O Fittige gib uns, treuesten Sinns 
    Ô donne-nous des ailes du sens le plus fidèle 
Hinüberzugehn und wiederzukehren. 
    Pour traverser et pour revenir.

So sprach ich, da entführte                                                 (2) 
    Ainsi parlais-je, comme m’enleva 
Mich schneller, denn ich vermutet, 
    Plus rapide que je le présumais, 
Und weit, wohin ich nimmer 
Et loin, là où jamais je 
Zu kommen gedacht, ein Genius mich 
    Ne songeais venir, un Génie, 
Vom eigenen Haus. Es dämmerten 
    Hors de ma propre maison. On voyait poindre, 
Im Zweilicht, da ich ging, 
    Entre chien et loup, comme je passais, 
Der schattige Wald 
    La forêt ombragée 
Und die sehnsüchtigen Bäche 
    Et les ruisseaux nostalgiques 
Der Heimat ; nimmer kannt ich die Länder ; 
    De chez nous ; jamais n’avais-je connu ce pays ; 
Doch bald, in frischem Glanze, 
    Bientôt cependant, en une fraîche splendeur, 
Geheimnisvoll 
    Mystérieuse 
Im goldenen Rauche, blühte 
    En une buée d’or, fleurit 
Schnellaufgewachsen, 
    Rapidement épanouie, 
Mit Schritten der Sonne, 
    Avec la course du soleil, 
Mit tausend Gipfeln duftend, 
    Avec mille sommets embaumant,

Mir Asia auf, und geblendet sucht                                           (3) 
    Pour moi l’Asie, et ébloui cherchais- 
Ich eines, da ich kennete, denn ungewohnt 
    Je quelque chose que je connaissais, car inhabituelles 
War ich der breiten Gassen, wo herab 
    M’étaient ces larges avenues, où descendant 
Vom Tmolus fährt 
    Du Tmolos roule 
Der goldgeschmückte Paktol 
    Le Pactole paré d’ors, 
Und Taurus stehet und Messogis, 
    Et le Taurus se dresse, et le Messogis, 
Und voll von Blumen der Garten, 
    Et, rempli de fleurs des jardins, 
Ein stilles Feuer, aber im Lichte 
    Un calme feu, mais dans la lumière 
Blüht hoch der silbernen Schnee, 
    Fleurit bien haut la neige argentée, 
Und Zeug unsterblichen Lebens 
    Et témoin de la vie immortelle 
An unzugangbaren Wänden 
    Aux parois inaccessibles 
Uralt der Efeu wächst und getragen sind 
    Immémorial pousse le lierre, et sont supportées 
Von lebenden Säulen, Zedern und Lorbeern, 
    Par de vivantes colonnes, cèdres et lauriers, 
Die feierlichen, 
    Les majestueux, 
Die göttlichgebauten Paläste. 
    Les palais divinement bâtis.

Es rauschen aber um Asias Tore                                       (4) 
    Mais bruissent autour des portes de l’Asie, 
Hinziehend da und dort 
    S’étirant ça et là 
In ungewisser Meeresebene 
    Dans la plaine marine incertaine 
Der schattenlosen Straßen genug, 
    Bien assez de routes sans ombre, 
Doch kennt die Inseln der Schiffer. 
    Cependant il connaît les Îles, le marin. 
Und da ich hörte, 
    Et comme j’entendis 
Der nahegelegenen eine 
    Que l’une des proches 
Sei Patmos, 
    Était Patmos, 
Verlangte mich sehr, 
    Me prit le très fort désir 
Dort einzukehren und dort 
    D’y aborder et d’y 
Der dunkeln Grotte zu nahn. 
    Approcher la grotte obscure. 
Denn nicht, wie Cypros, 
    Car ce n’est pas, telle que Chypre 
Die quellenreiche, oder 
    La riche en sources, ou 
Der anderen eine 
    L’une des autres, 
Wohnt herrlich Patmos, 
    Avec magnificence que réside Patmos,

Gastfreundlich aber ist                                         (5) 
    Mais hospitalière 
Im ärmeren Hause 
    Dans une plus pauvre maison 
Sie dennoch 
    Est-elle néanmoins, 
Und wenn vom Schiffbruch oder klagend 
    Et quand d’un naufrage ou pleurant 
Um die Heimat oder 
    Après le pays ou 
Den abgeschiedenen Freund 
    L’ami défunt 
Ihr nahet einer 
    L’approche quelque 
Der Fremden, hört sie es gern, und ihre Kinder, 
    Étranger, l’écoute-t-elle volontiers, et ses enfants, 
Die Stimmen des heißen Hains, 
    Les voix du brûlant bocage, 
Und wo der Sand fällt, und sich spaltet 
    Et, où le sable dévale et se fissure 
Des Feldes Fläche, die Laute, 
    La surface du rocher, les sons, 
Sie hören ihn und liebend tönt 
    Elle les écoute et affectueusement résonne 
Es wider von den Klagen des Manns. So pflegte 
    En écho des pleurs de l’homme. Ainsi prit-elle soin 
Sie einst des gottgeliebten, 
    Jadis du bien-aimé de Dieu, 
Der Sehers, der in seliger Jugend war 
    Du Voyant qui dans une heureuse adolescence était

Gegangen mit                                            (6) 
    Parti avec 
Dem Sohne des Höchsten, unzertrennlich, denn 
    Le Fils du Très-Haut, inséparable, car 
Es liebte der Gewittertragende die Einfalt 
    Il aimait, le porteur d’orages, la candeur 
Des Jüngers und es sahe der achtsame Mann 
    De l’adolescent et il voyait, l’homme attentif, 
Das Angesicht des Gottes genau, 
    Le visage de Dieu exactement, 
Da, beim Geheimnisse des Weinstocks, sie 
    Comme, au mystère de la vigne, ils 
Zusammensaßen, zu der Stunde des Gastmahls, 
    S’asseyaient ensemble, à l’heure de la Cène, 
Und in der großen Seele, ruhigahnend, den Tod 
    Et dans la grande âme, pressentant paisiblement, la mort 
Aussprach der Herr und die letzte Liebe, denn nie genug 
    Qu’annonça le Seigneur, et le suprême amour, car jamais assez 
Hatt er von Güte zu sagen 
    N’eut-il, pour dire quelque chose de la bonté, 
Der Worte, damals, und zu erheitern, da 
    De mots, à ce moment-là, et pour divertir, comme 
Ers sahe, das Zürnen der Welt. 
    Il la voyait, la colère du monde. 
Denn alles ist gut. Drauf starb er.Vieles wäre 
    Car tout est bon. Puis il mourut. Beaucoup serait 
Zu sagen davon. Und es sahn ihn, wie er siegend blickte, 
    À dire là-dessus. Et ils le virent, les amis, regarder en vainqueur, 
Den Freudigsten die Freunde noch zuletz, 
    Ce plus joyeux, une dernière fois encore,

Doch trauerten sie, da nun                                                     (7) 
    Cependant s’affligeaient-ils, comme maintenant 
Es Abend worden, erstaunt, 
    Était venu le soir, étonnés, 
Denn Großentschiedenes hatten in der Seele 
    Car une grande décision avaient-ils dans l’âme, 
Die Männer, aber sie liebten unter der Sonne 
    Ces hommes, mais ils aimaient sous le soleil 
Das Leben und lassen wollten sie nicht 
    La vie, et ne voulaient pas délaisser 
Vom Angesichte des Herrn 
    La face du Seigneur 
Und der Heimat. Eingetrieben war, 
    Et leur pays. Était enfoncé, 
Wie Feuer im Eisen, das, und ihnen ging 
    Tel le feu dans le fer, cela, et allait 
Zur Seite der Schatte des Lieben. 
    À leur côté l’ombre de l’aimé. 
Drum sandt er ihnen 
    C’est pourquoi leur fut envoyé 
Den Geist, und freilich bebte 
   L’esprit, et certes trembla 
Das Haus und die Wetter Gottes rollten 
    La maison et l’orage de Dieu roulait 
Ferndonnernd über 
    Au loin tonnant au-dessus 
Die ahnenden Häupter, da, schwersinnend, 
    Des têtes pressentantes, comme, gravement pensifs, 
Versammelt waren die Todeshelden, 
    Étaient réunis les héros de la mort,

Itzt, da er scheidend                                                 (8) 
    À l’instant, comme il les quittait 
Noch einmal ihnen erschien. 
    Encore une fois leur apparut-il. 
Denn itzt erlosch der Sonne Tag, 
    Car à l’instant s’éteignit le jour du soleil, 
Der Königliche, und zebrach 
    Le royal, et se brisa 
Den geradestrahlenden, 
    Le rayonnant-tout-droit, 
Den Zepter, göttlichleidend, von selbst, 
    Le sceptre, souffrant divinement, de lui-même, 
Denn wiederkommen solltes, 
    Car cela doit revenir 
Zu rechter Zeit. Nicht wär es gut 
    En un meilleur temps. Cela n’eût pas été bien 
Gewesen, später, und schroffabbrechend, untreu, 
    Maintenu, plus tard, et eût été brusquement rompue, infidèle, 
Der Menschen Werk, und Freude war es 
    L’œuvre des hommes, et ce fut une joie 
Von nun an, 
    Dès lors, 
Zu wohnen in liebender Nacht, und bewahren 
    D’habiter dans une nuit plus aimante, et de garder 
In einfältigen Augen, unverwandt 
    Dans les yeux candides, fixement, 
Abgründe der Weisheit. Und es grünen 
    Des abîmes de sagesse. Et verdoient 
Tief an den Bergen auch lebendige Bilder, 
    Au fond des montagnes aussi de vivantes images,

Doch furchtbar ist, wie da un dort                                           (9) 
    Cependant est redoutable comment ça et là 
Unendlich hin zertreut das Lebende Gott. 
    Sans cesse il disperse au loin le vivant, Dieu. 
Denn schon das Angesicht 
    Car déjà la face 
Der teuern Freunde zu lassen 
    Des plus chers amis est à délaisser 
Und fernhin über die Berge zu gehn 
    Et bien loin par-delà les monts faut-il aller 
Allein, wo zweifach 
    Seul, où doublement 
Erkannt, einstimmig 
    Reconnu, unanime 
War himmlischer Geist ; und nicht geweissagt war es, sondern 
    Était l’esprit céleste ; et ce n’était pas prédit, mais 
Die Locken ergriff es, gegenwärtig, 
    Ça empoigne les cheveux, présent, 
Wenn ihnen plötzlich 
    Quand vers eux soudain 
Ferneilend zurück blickte 
    Se hâtant au loin regarde en arrière 
Der Gott und schwörend, 
    Le dieu, et prêtant serment, 
Damit er halte, wie an Seilen golden 
    Afin qu’il retienne, comme à des cordes dorées 
Gebunden hinfort 
    Entravé désormais, 
Das Böse nennend, sie die Hände sich reichten — 
    Le mal en le nommant, ils se tendirent les mains —

Wenn aber stirbt alsdenn,                                    (10) 
    Mais quand meurt ensuite 
An dem am meisten 
    Celui à qui le plus souvent 
Die Schönheit hing, daß an der Gestalt 
    La beauté s’attachait, qu’en cette forme 
Ein Wunder war und die Himmlischen gedeutet 
    Était une merveille, et les célestes la montraient 
Auf ihn, und wenn, ein Rätsel ewig füreinander, 
    Du doigt, et quand, une énigme éternelle l’un pour l’autre, 
Sie sich nicht fassen können 
    Ils ne peuvent se saisir 
Einander, die zusammenlebten 
    L’un l’autre, ceux qui vivaient ensemble 
Im Gedächtnis, und nicht den Sand nur oder 
    Dans la mémoire, et ce n’est pas que le sable ou 
Die Weiden es hinwegnimmt und die Tempel 
    Les saules qui étaient emportés au loin et les temples 
Ergreift, wenn die Ehre 
    Empoignés, quand la gloire 
Des Halgotts und der Seinen 
    Du demi-dieu et des siens 
Verweht und selber sein Angesicht 
    Se dissipe et que sa face elle-même, 
Der Höchste wendet 
    Le Très-Haut la détourne 
Darob, daß nirgend ein 
    En outre, qu’il n’est plus nulle part un 
Unsterbliches mehr am Himmel zu sehn ist oder 
    Immortel à voir au ciel ou 
Auf grüner Erde, was ist dies ? 
    Sur la terre verdoyante, — qu’est-ce ?

Es ist der Wurf des Säemmans, wenn er faßt                     (11) 
    C’est le lancer du semeur, quand il saisit 
Mit der Schaufel den Weizen, 
    Avec la pelle le froment, 
Und wirft, dem Klaren zu, ihn schwingend über die Tenne. 
    Et le jette vers la clarté, le balançant par-dessus l’aire. 
Ihm fällt die Schale vor den Füßen, aber 
    Lui tombe la balle aux pieds, mais 
Ans Ende kommet das Korn, 
    À la fin vient le grain, 
Und nicht ein Übel ists, wenn einiges 
    Et ce n’est pas un mal si quelques uns 
Verloren gehet und von der Rede 
    Vont s’égarer et que de la parole 
Verhallet der lebendige Laut, 
    Expire le son vivant, 
Denn göttliches Werk auch gleichet dem unsern, 
    Car l’œuvre divine ressemble aussi à la nôtre, 
Nicht alles will der Höchste zumal. 
    Le Très-Haut ne veut pas tout à la fois. 
Zwar Eisen träget der Schacht, 
    En vérité le fer, le produit la mine, 
Und glühende Harze der Aetna, 
    Et la résine incandescente, l’Etna, 
So hätt ich Reichtum, 
    Ainsi aurais-je la richesse, 
Ein Bild zu bilden, und ähnlich 
    Une image à imager, et de même 
Zu schaun, wie er gewesen, den Christ, 
    À contempler, tel qu’il fut, le Christ,

Wenn aber einer spornte sich selbst,                                  (12) 
    Mais si quelqu’un s’éperonnant lui-même, 
Und traurig redend, unterweges, da ich wehrlos wäre, 
    Et parlant tristement, en chemin, comme j’étais sans défense, 
Mich überfiele, daß ich staunt und von dem Gotte 
    M’assaillait, que j’en fusse surpris, et de ce dieu 
Das Bild nachahmen möcht ein Knecht — 
    L’image, que pût l’imiter un valet — 
Im Zorne sichtbar sah ich einmal 
    En colère manifestement vis-je une fois 
Des Himmels Herrn, nicht daß ich sein sollt etwas, sondern 
    Les seigneurs du ciel, non que je dus être quelque chose, mais 
Zu lernen. Gütig sind sie, ihr Verhaßtestes aber ist, 
    Pour apprendre. Bienveillants sont-ils, mais le plus haïssable leur est, 
Solange sie herrschen, das Falsche, und es gilt 
    Aussi longtemps qu’ils règnent, le faux, et elle ne vaut 
Dann Menschenliches unter Menschen nicht mehr. 
    Alors, l’humanité entre les humains, plus rien. 
Denn sie nicht walten, es waltet aber 
    Car eux ne gouvernent pas, mais gouverne 
Unsterblicher Schicksal und es wandelt ihr Werk 
    Le destin immortel et se transforme leur œuvre 
Von selbst, und eilend geht es zu Ende. 
    D’elle-même, et va-t-elle en hâte vers sa fin. 
Wenn nämlich höher gehet himmlischer 
    Quand en effet plus haut ira la céleste 
Triumphgang, wird genennet, der Sonne gleich, 
    Marche triomphale, sera nommé, à l’égal du soleil, 
Von Starken der frohlockende Sohn des Höchsten, 
    Par les forts, l’exultant Fils du Très-Haut,

Ein Losungszeichen, und hier ist der Stab                           (13) 
    Un signe de ralliement, et ici est la baguette 
Des Gesanges, niederwinkend, 
    Du chant, qui pointe en bas, 
Denn nichts ist gemein. Die Toten wecket 
    Car rien n’est commun. Les morts sont éveillés 
Er auf, die noch gefangen nicht 
    Par elle, ceux qui ne sont pas encore captifs 
Vom Rohen sind. Es warten aber 
    De la matière brute. Mais attendent 
Der scheuen Auge viele, 
    Bien des yeux timides 
Zu schauen das Licht. Nicht wollen 
    Pour contempler la lumière. Ils ne veulent pas 
Am scharfen Strahle sie blühn, 
    Fleurir sous un rayon acéré, 
Wiewohl den Mut der goldene Zaum hält. 
    Quoique cette bride d’or maintienne leur courage. 
Wenn aber, als 
    Mais quand, ainsi 
Von schwellenden Augenbraunen, 
    Que de sourcils froncés, 
Der Welt vergessen 
    Du monde oublié 
Stilleuchtende Kraft aus heiliger Schrift fällt, mögen, 
    La force calmement lumineuse descend d’un écrit sacré, peuvent-ils, 
Der Gnade sich freuend, sie 
    Se réjouissant de la grâce, 
Am stillen Blicke sich üben. 
    S’exercer à ce calme regard.

Und wenn die Himmlischen jetzt                                         (14) 
    Et quand les Célestes à présent, 
So, wie ich glaube, mich lieben, 
    Comme je crois, m’aiment ainsi, 
Wie viel mehr Dich, 
    Combien plus encore Toi, 
Denn Eines weiß ich, 
    Car je sais une chose, 
Daß nämlich der Wille 
    Qu’en effet la volonté 
Des ewigen Vaters viel 
    Du Père éternel prévaut 
Dir gilt. Still ist sein Zeichen 
    Pour Toi. Calme est son signe 
Am donnernden Himmel. Und Einer stehet darunter 
    Dans le ciel tonnant. Et quelqu’un se dresse là-dessous 
Sein Leben lang. Denn noch lebt Christus. 
    Sa vie durant. Car vit encore le Christ. 
Es sind aber die Helden, seine Söhne, 
    Mais ils sont, les héros, ses fils, 
Gekommen all und heilige Schriften 
    Tous venus, et les écrits sacrés, 
Von ihm und den Blitz erklären 
    De lui, et l’éclair, l’élucident 
Die Taten der Erde bis itzt, 
    Les actes de la terre jusqu’à présent, 
Ein Wettlauf unaufhaltsam. Er ist aber dabei. Denn seine Werke sind 
    Une course irrésisitible. Mais il est là. Car ses œuvres 
Ihm alle bewußt von jeher. 
    Lui sont toutes conscientes depuis toujours.

Zu lang, zu lang schon ist                                                     (15) 
    Depuis longtemps, trop longtemps déja est 
Die Ehre der Himmlischen unsichtbar. 
    La gloire des Célestes invisible. 
Denn fast die Finger müssen sie 
    Car ils doivent presque nous guider 
Uns führen und schmählich 
    Les doigts, et honteusement 
Entreißt das Herz uns eine Gewalt. 
    Nous ravit le cœur une violence. 
Denn Opfer will der Himmlischen jedes, 
    Car le sacrifice est voulu par chacun des Célestes, 
Wenn aber eines versäumt ward, 
    Mais quand l’un commence d’être négligé, 
Nie hat es Gutes gebracht. 
    Cela n’apporte jamais rien de bon. 
Wir haben gedienet der Mutter Erd 
    Nous avons vénéré la Terre Mère, 
Und haben jüngst dem Sonnenlichte gedient, 
    Et nous avons plus récemment vénéré la lumière du soleil, 
Unwissend, der Vater aber liebt, 
    Ignorant, mais le Père aime, 
Der über allen waltet, 
    Lui qui partout gouverne, 
Am meisten, daß gepfleget werde 
    Le plus souvent, que soignée devienne 
Der feste Buchstab, und Bestehendes gut 
    La lettre immuable, et l’existant bien 
Gedeutet. Dem folgt deutscher Gesang. 
    Interprété. À cela se plie le chant allemand. 
 

(traduction proposée par Patrick Guillot)

 

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